ELISE DINTCHEN COUCKE, PROMOTRICE DU WOMAAF : « Au Burkina, Il Y A Eu Des Choses Qui M’ont Échappées Et Que J’aimerais…….. »

Aux lendemains de la fermeture officielle de la troisième édition de la World Music And African Art Festival (WOMAAF), qui s’est déroulée du jeudi 8 au samedi 10 novembre 2018 à Ouagadougou, une équipe de Afriyelba est allée à la rencontre de la promotrice, Mme Elise Dintchen Coucke. Dans cette interview elle revient sur les raisons du choix du Burkina pour la tenue de l’évènement, les difficultés rencontrées, les retombées…, bref le bilan des activités avant et après le festival. Lisez plutôt !

Afriyelba : Quel bilan pouvez-vous tirer de la troisième édition du WOMAAF ?

Elise Dintchen Coucke : Globalement sur le plan artistique, le bilan est positif. Je vous assure que j’étais très inquiète pour la sécurité des festivaliers. Beaucoup d’amis que j’ai invités m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas venir pour des raisons de sécurité, qu’ils évitent les lieux métissés où il y a beaucoup d’étrangers. Et, comme vous l’avez constaté, la salle de spectacle du Centre national des arts du spectacle et de l’audiovisuel n’était pas pleine. Je les comprends nous sommes dans un contexte sécuritaire un peu fragile. Mais quand on prend le festival dans son contexte temporel, spatial et physique je peux dire que ça été un très grand succès. Je suis satisfaite de la qualité des différentes prestations artistiques car, elles étaient toutes, de hautes factures.

Le seul bémol c’est donc le peu d’engouement ?

Nous avons distribué près de 3000 invitations de façon bien organisée et bien structurée pour éviter les bousculades. Nous avons fait appel aux médias publics et privés. Mais vous savez avec le contexte sécuritaire actuel, les gens font très attention là où il y a un public métissé d’expatriés et d’étrangers . Il y’a du vécu qui justifie cet état de peur dans lequel les Burkinabè vivent. Je vous disais tantôt que des amis même ne sont pas venus. Deux  troupes ont annulé leurs prestations au regard du contexte sécuritaire fragile avec cette catégorisation un peu trop médiatisée de zone dite rouge attribuée au Burkina Faso . Les artistes et participants étrangers qui sont venus c’étaient vraiment des patriotes, je leur ai fait savoir que le Burkina est un pays frère que nous ne devons pas le lâcher parce qu’il traverse des périodes un peu difficiles. Et puis, il n ya zéro risque nulle part. Les artistes qui sont venus je leur tire mon chapeau. Il appartient aux populations locales de ne pas vivre dans cette peur, de ne pas fuir comme je l’ai constaté, des lieux fréquentés par des étrangers ou expatriés et de continuer à se mobiliser autour des différentes cérémonies, d’encourager la culture. La mobilisation n’était pas forte, mais le public qui était là a été satisfait, c’est le plus important et je salue les Marocains résidents à OUAGADOUGOU qui étaient là tous les jours pour encourager tous les participants venus de 14 pays et leurs nombreux artistes, conférenciers et exposants venus du Maroc.

Est-ce que vous avez eu écho de projets de collaborations artistiques ou d’invitations à des festivals qui sont nésà partir du WOMAAF 2018 ?

Pour ça, je vais donner ma part de réponse et les autres membres de l’équipe d’organisation pourront compléter. Il y’a eu AFRIKAYNA qui a donné une très belle conférence. La présidente directrice Ghita Khaldi qui se déplace rarement pour des festivals s’est déplacée en personne à Ouagadougou. Il y a eu des échanges fructueux avec les artistes d’ici et des managers burkinabè qui ont pris connaissance de ce fond de mobilité artistique (AFRIKAYNA) et peuvent demain l’appliquer. Il y avait aussi Visa for Music qui est un marché des arts. Ils ne donnent pas des conférences dans tous les festivals. Le Visa for Music se tient la semaine prochaine, mais ils ont tenu à venir, pour honorer le Burkina Faso et la présidente fondatrice du WOMAAF que je suis. Cela fait trois ans que je travaille avec eux, à la première édition ils ont vu comment pour une première édition nous avons eu du succès à tel point qu’à la deuxième édition, sa majesté le roi Mohamed VI (que Dieu l’assiste) a donné son haut parrainage à un jeune festival. C’était vraiment du jamais vu.  On a eu tous ces conférenciers de gros calibres qui ont expliqué au public, aux artistes, aux directeurs de festivals comment ils peuvent profiter de ces différentes plateformes pour se promouvoir. Même si on est dans un pays de culture comme le Burkina où l’artiste peut se promouvoir sur place, il est appelé aussi à s’ouvrir à l’international, pas seulement dans des festivals organisés par la diaspora Burkinabè mais aussi dans des rendez-vous vraiment internationaux où il y’a différents pays.

Pourquoi le choix du Burkina Faso pour la tenue de la troisième édition ?

Je suis venue au Burkina il ya une vingtaine d’année de cela, quand j’étais journaliste. Partout où il ya la culture, je vais voir les peuples, voir leur savoir-être et leur savoir-faire. A l’époque où j’étais journaliste je suis venue ici deux fois. Quand j’ai pris connaissance de la SNC en 2016 je suis également revenue. J’ai vu comment le pays se bat pour promouvoir sa culture, valoriser les trésors humains et préparer la relève culturelle. En 2016, j’avais annoncé que le Burkina est un des pays modèle en terme de la valorisation de la culture sur tous les plans avec le FESPACO, le SIAO etc. J’avais décidé que le premier pays à l’honneur pour la première édition de mon festival allait être le Burkina. Le Burkina s’est déplacé avec le ministre de l’époque et tout une délégation. J’ai reçu au Maroc une délégation d’une vingtaine de personnes. A Bobo-Dioulasso, j’avais découvert une association d’artistes peintres. Parmi eux, deux ont été choisis et ont fait le déplacement du Maroc deux mois avant le festival pour une résidence de créativité, en synergie avec des peintres Marocains. Pendant un mois ils ont peint et le mois qui a suivi, il y avait la semaine de l’Afrique. A cette occasion, ils ont pu faire des expositions ventes. Tout est parti de là. Dans ma logique le pays invité d’honneur à une édition reçoit le festival, deux ans après.

Le festival était initialement prévu pour se tenir à la place de la nation. Pourquoi ce changement de lieu ?

Souffle ! vous savez ce que j’ai vécu ici sur le plan de soutien et d’appui financier devait m’amener tout simplement à annuler le festival. Mais quand vous avez le bonheur qu’un président de la République vous donne son haut patronage vous avez le devoir de tenir quelques soient les difficultés. J’ai affronté beaucoup de difficultés ici sur le plan du soutien. Pour vous faire un résumé il n y a eu aucun engouement. J’ai approché plus d’une dizaine entreprises du Burkina Faso, mais seulement deux dont les sièges sont d’ailleurs au Maroc ont répondu favorablement à ma demande. Il s’agit de Onatel SA qui nous a vraiment soutenu et de CBAO qui a donné une petite aide symbolique de 500.000 frs. Sans ces deux compagnies je n’aurai même pas eu de quoi payer les billets pour les conférenciers venus des États-Unis et du Canada ainsi que les Taxes des billets offerts par notre Transporteur aérien Officiel. Royal Air Maroc donne les billets mais il faut payer les taxes. Ici au Burkina je n’ai pas trouvé d’entreprise qui m’a accompagné. Pourquoi ? Allez-y savoir. Il y’a des choses qui m’échappent, je me pose encore la question jusqu’aujourd’hui. Quand un évènement est sous le très haut patronage du président de la République, sous la présidence du ministère de la culture des arts et du tourisme, avec son staff qui est là et qui travaille avec vous, allez savoir pourquoi il n’y a pas d’entreprise qui vous soutienne.

Au début il y a eu quelques promesses mais je vous avoue qu’il y a des choses qui m’échappent et que j’aimerais un jour connaitre. Mais je suis quelqu’une qui a une beauté intérieure, qui croit beaucoup en Dieu. Il y a un Dieu de justice et de vérité. Tout finit toujours par se régler. La place de la nation ça suppose tout un Arsenal de sécurité, ça suppose des frais énormes, donc à un moment donné quand j’ai vu que les prévisions n’y étaient pas, j’ai compris qu’il fallait recentrer les choses. J’ai moi-même engagé mes fonds au regard du faible soutien des autorités et des entreprises burkinabé. J’ai été choquée de voir qu’un internaute du Burkina s’est permis de dire que nous avons pris les fonds publics pour organiser le festival. A cet internaute je lui dis qu’il n’y a pas eu de fond public. Il y’a eu zéro fond public. Aujourd’hui je suis à plus de 20 millions que j’ai mis dans ce festival. Je lance un appel aux entreprises Citoyennes du Faso, voir à la Présidente qui est informée de la situation.

De son côté, le Ministère de la culture du Burkina a pris en charge la location de la salle du CENASA et mis à notre disposition un bus et 2 voitures 4 places et a pris en charge le cachet des artistes burkinabè.  De son côté, Le BBDA a accordé un soutien financier de 600 000 FCFA au Festival , je les remercie pour ces soutiens.

Je Remercie une fois de plus son Excellence l’ambassadeur du Maroc au Burkina Faso qui a donné le meilleur de lui même pour la tenue de ce Festival WOMAAF de Ouagadougou où le Maroc était pays à l’honneur.

Je remercie aussi le Ministère de la Culture du Maroc qui a soutenu notre Festival en prenant en charge le paiement des cachets des artistes Marocains qui ont participé à ce Festival et qui l’a fait pour l’édition 2017 qui s’est tenue à Tangerau Maroc.

Est-ce que la cour du CENASA n’était pas un endroit fermé au grand public ?

Je suis désolée mais tout était ouvert. On avait un buffet tous les midis ou tout le monde, même les voisins de dehors, les jeunes, venaient manger. Tout était ouvert. Moi je vous dis, il ne faut pas se voiler les yeux, là où il y’a du public les gens font très attention, pour ne pas dire qu’ils fuient le lieu. Le premier jour il y avait la police parce qu’on a pu honorer leur honoraires. Mais au deuxième jour il n’y avait aucun policier tout était ouvert. Je vous assure que n’eut été le tout-puissant il pouvait se passer des choses pas trop intéressantes. Mais il faut dire aux gens de vaincre cette peur sinon les forces du mal auront gagné.

Pourquoi le choix du Cameroun et du Maroc comme pays invités d’honneur ?

Vous savez quand un pays vous reçoit, en tant que Africain dont la fameuse reconnaissance d’hospitalité est légendaire, il est primordial pour vous de rendre la politesse. Aujourd’hui on prône beaucoup le sud-sud, il ne faut pas que cela concerne uniquement l’aspect économique. On doit aussi intégrer l’aspect culturel. Dans cette dynamique le WOMAAF fait de son mieux pour que des artistes du Maroc puissent venir se produire au Burkina et vice versa. Notre festival est itinérant, une année au Maroc avec un pays de l’Afrique sub-saharienne à l’honneur et une autre année en Afrique subsaharienne avec le Maroc à l’honneur dans ce pays. L’année dernière c’était sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi  Mohamed VI (que Dieu l’assiste), le Sénégal était à l’honneur. En 2020 on sera donc au Sénégal et ainsi de suite. C’est ça le vrai sud-sud, les vrais échanges. Pour le Cameroun, vous savez, je suis originaire de ce pays donc j’ai voulu lui faire honneur. Les reines mères se sont déplacées ici à Ouagadougou. Elles ne vont pas n’importe où, c’est un honneur de les recevoir au Burkina, sur le plan symbolique franchement il y’a eu des choses incroyables.

Quelle place le Burkina occupera dans la prochaine édition du WOMAAF

Le Burkina sera toujours présent, parce que j’aime le peuple burkinabé même si des entreprises ne se sont pas manifestées pour plusieurs raisons, parce qu’il doit bien avoir des raisons derrières. J’ai même entendu dire qu’il ne fallait pas encourager la Camerounaise parce qu’elle va en profiter pour « quitter le Burkina avec une partie de nos sous…. » Mais, le peuple burkinabé reste un peuple digne et fier. Pour cela, malgré ma déception, le Burkina sera présent avec des troupes, des conférenciers, des journalistes etc.  Je prie Dieu que la troupe Eben Ezer que j’ai décidé d’accompagner soit également là.

Quel est votre dernier mot concernant la troisième édition du WOMAAF

D’abord je voudrais dire merci à Afriyelba, à Infosculturedufaso. Vous êtes l’avenir, parce que vous faites la promotion de la culture au-delà même de ce que nous faisons. Vous la mettez en scène, vous la médiatisez. Il y’en a qui attendent de recevoir leur cachet pour couvrir les évènements. Il faut décrier les tares de notre société, les tares de cette jeunesse qui critique les anciens, mais qui restent sur la lignée de ce qu’elle critique. Je salue tous ceux qui ont écrit sur le WOMAAF, et je promets que par la grâce de Dieu, je vais vous permettre de venir faire votre travail aux prochaines éditions du WOMAAF.

Propos recueillis par Sougrinoma Ismaël GANSORE et Adama Sigué

source : AFRIYELBA

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